1989 - 1994

SOMMAIRE DES RÉALISATIONS


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G.J. Wall, D.R. Coote, C. DeKimpe, A.S. Hamill, F. Marks
Great Lakes Advisory Committee
Agriculture and Agri-Food Canada
London Research Centre, 1391 Sandford Street
Comité consultatif des Grands Lacs
Agriculture et Agro-alimentaire Canada
Recherche Centre de London, 1391 rue Sandford
London, Ontario N5V 4T3
March/mars 1994

INTRODUCTION

L'agriculture et le secteur agro-alimentaire jouent un rôle important dans l'économie du Canada et la qualité de vie de ses habitants. En 1991, les recettes agricoles du pays s'élevaient à 21 milliards de dollars et, en 1990, l'activité économique connexe totalisait 131 milliards de dollars. Un million et demi de Canadiens travaillaient alors dans ce secteur. L'industrie agricole primaire de l'Ontario est la plus importante du pays, constituant près de 25 % des recettes agricoles. Quant à la valeur à la ferme de la production végétale et animale, elle s'élève à plus de 5 milliards de dollars par année. Les terres cultivées de la province représentent 3,4 millions d'hectares, dont environ 80 % se trouvent dans le bassin des Grands Lacs. L'agriculture et le secteur agro-alimentaire sont sans contredit essentiels au développement économique de l'Ontario.

Les stress de l'environnement touchent tous les segments du secteur agro-alimentaire. Les agriculteurs sont préoccupés par la dégradation des sols et se demandent si les terres pourront encore produire pour les futures générations. Ils craignent aussi les effets néfastes des polluants et des déchets agricoles sur l'eau, les sols et l'air. De plus, le public s'inquiète du fait que l'environnement ne soit plus capable de soutenir une aussi grande diversité d'espèces fauniques.

Le Plan d'action des Grands Lacs s'inscrit dans la Stratégie des Grands Lacs du gouvernement fédéral. La priorité numéro un du gouvernement est d'assurer un développement durable, un environnement sain et une économie prospère. Annoncé en 1988, le Plan d'action est un programme de cinq ans d'une valeur de 125 millions de dollars pour restaurer les aires dégradées, prévenir la pollution et protéger les écosystèmes de la région des Grands Lacs. À titre de partenaire du Plan d'action, Agriculture et Agro-alimentaire Canada a consacré cinq millions de dollars pour étudier de meilleures façons d'utiliser les substances toxiques agricoles afin de réduire la pollution des sols, de l'air et des écosystèmes en général.

Cette initiative du domaine agricole vise à mettre au point des techniques qui aideront les agriculteurs à gérer efficacement les terres agricoles et les ressources hydriques. Elle permettra aussi d'améliorer la qualité de l'eau du bassin des Grands Lacs.


HISTORIQUE

Malgré leurs grandes dimensions, les Grands Lacs sont très sensibles aux effets de la pollution. Les polluants rémanents qui se retrouvent dans le réseau des Grands Lacs y restent très longtemps puisque moins de 1 % de l'eau des lacs est renouvelée par année. À cause de la longue période de rétention, les polluants rémanents peuvent s'accumuler dans les sédiments, être libérés à nouveau dans l'eau, s'accumuler dans la chaîne alimentaire, et être recyclés. De plus, ces vastes étendues d'eau sont susceptibles de recevoir sous forme de dépôts secs et humides des polluants atmosphériques.

De nouvelles dispositions du Protocole de 1987 relatif à la qualité de l'eau des Grands Lacs indiquent la nécessité de trouver des solutions à la pollution agricole causée par des sources diffuses, particulièrement les substances toxiques comme les pesticides et les contaminants microbiologiques. Le public craint la présence de pesticides dans l'eau potable provenant de sources publiques et privées d'approvisionnement, et s'inquiète de la fermeture de plages publiques en raison de la contamination bactérienne.

Historiquement, les pesticides agricoles sont connus à cause des problèmes associés aux insecticides rémanents que sont les hydrocarbures chlorés comme le DDT, le mirex et la dieldrine. Bien que ces insecticides soient bannis depuis de nombreuses années en Amérique du Nord, ils sont toujours présents dans l'environnement en quantités infinitésimales. Plus récemment, les pesticides ont évolué vers des produits chimiques plus inoffensifs, efficaces à des doses plus faibles, moins rémanents et moins toxiques pour les espèces non cibles. De plus, ils ne s'accumulent pas dans les organismes vivants. Cependant, comme le secteur agricole continue d'utiliser de grandes quantités de cette nouvelle génération de pesticides, le public s'interroge sur ce qu'il advient de ces produits chimiques dans l'environnement.

Selon une étude réalisée en 1993, le Canada et les États-Unis utilisent annuellement au moins 25 millions de kilogrammes de pesticides dans le bassin des Grands Lacs. Les herbicides, qui représentent 75 % de tous les pesticides utilisés dans le bassin, sont généralement pulvérisés une fois par année pour lutter contre les mauvaises herbes dans les grandes productions végétales. Les fongicides et les insecticides, qui représentent les 25 % restants, servent à combattre les maladies et les insectes, et sont pulvérisés sur les fruits et les légumes jusqu'à huit fois par année. Une étude de 1988 sur les pesticides agricoles en Ontario a indiqué que leur utilisation a diminué d'environ 25 % comparativement aux cinq années précédentes, pour se chiffrer à environ 6 millions de kilogrammes. Les pesticides se répartissaient comme suit : 80 % d'herbicides, 14 % d'insecticides/nématicides et 6 % d'autres pesticides.

La production animale continue d'occuper une place importante dans l'industrie agricole de l'Ontario. En 1989, plus de la moitié des fermes qui enregistraient des ventes d'une valeur supérieure à 2 500 $ indiquaient le bétail ou la volaille comme leur principale source de revenu. La valeur de la production des 5,7 millions de têtes de bétail et des 32,1 millions de volailles se chiffrait à 2,2 milliards de dollars. On a évalué la valeur de remplacement en engrais du fumier produit par ces animaux à environ 158 millions de dollars.

De nos jours, l'agriculture est de plus en plus spécialisée, si bien que les agriculteurs se consacrent soit à la production animale, soit à la production végétale. De plus, on concentre sur de petites superficies l'élevage de la quasi-totalité de la volaille et du porc, ainsi que d'une bonne partie de celui du boeuf. Par conséquent, on se retrouve avec une quantité de déchets d'élevage plus élevée à épandre sur une surface plus petite. Simultanément, on a changé de systèmes de traitement du fumier, l'accent étant mis sur le purin au lieu du fumier complet. On estime qu'aujourd'hui environ 50 % du fumier animal est éliminé sous forme liquide. En raison de ces tendances, il existe un risque d'épandre trop de fumier.

L'épandage du fumier animal, sous forme solide et liquide, sur les terres comporte un risque de pollution de l'eau. Le fumier complet et le purin, s'il ne sont pas mélangés au sol, peuvent s'écouler à la surface du sol. On a constaté que le purin s'écoule à travers le sol par de larges fissures et des interstices jusqu'aux eaux souterraines ou aux tuyaux de drainage (tuyaux souterrains). De là, le purin est transporté directement jusqu'aux eaux réceptrices. Comme environ 40 % des terres agricoles améliorées en Ontario sont munies d'un système quelconque de drainage au moyen de tuyaux, on ne peut sous-estimer l'ampleur de cette source de contamination des eaux.

Deux sources importantes de pollution de l'eau sont les animaux d'élevage (concentrations élevées d'azote et de bactéries) et les engrais chimiques (concentrations élevées d'azote). On s'en inquiète à cause de la menace qu'elles représentent pour la santé humaine et les habitats fauniques. Chez les humains, ce sont surtout les nouveaux-nés qui risquent d'être affectés par certaines formes d'azote. Pour la faune, ce sont les poissons qui subiront les effets toxiques de l'ammonium. Les populations bactériennes du fumier étant élevées, tout apport de fumier dans les sources d'approvisionnement en eaux de surface ou souterraines risque de contaminer l'eau, si bien que l'eau n'est plus conforme à la plupart des normes de qualité.

Des mesures préliminaires ont indiqué que de grandes quantités de pesticides pouvaient se déplacer dans l'atmosphère. On ne possédait alors pas beaucoup de connaissances sur l'étendue des échanges de pesticides entre le sol et l'atmosphère. De plus, on ne savait pas si on pouvait réduire les échanges atmosphériques en mélangeant les pesticides dans le sol.


OBJECTIFS

Dans le but de se conformer aux exigences du Protocole de 1987 relatif à la qualité de l'eau des Grands Lacs, les organismes fédéraux participants ont élaboré le Plan d'action des Grands Lacs en tenant compte de plusieurs questions. Le programme d'Agriculture et Agro-alimentaire Canada s'est penché sur les problèmes suivants : sources de pollution agricole, sédiments contaminés et contaminants aériens.

Voici les objectifs que vise Agriculture et Agro-alimentaire Canada dans l'initiative des Grands Lacs :

  • Élaborer les critères permettant de déterminer les catégories de pesticides qui constituent une menace pour l'environnement des Grands Lacs et formuler des recommandations pour réduire l'utilisation de ces pesticides.

  • Établir l'importance relative des mécanismes biophysiques par lesquels les produits chimiques agricoles peuvent polluer les eaux de surface et souterraines.

  • Concevoir des systèmes de production agricole favorables à l'environnement, qui exigent moins d'engrais et de pesticides, et en réduisent le transport des produits chimiques agricoles. Recommander l'adoption de ces systèmes.

  • Estimer la charge des produits chimiques agricoles présente dans les Grands Lacs qui provient de sources diffuses.

  • Élaborer un système de surveillance biologique pour évaluer l'impact des produits chimiques agricoles sur les sédiments des cours d'eau.

  • Déterminer les dépôts atmosphériques de pesticides liés aux pratiques agricoles et à la contamination atmosphérique.


RÉSULTATS

Voies de pénétration

Sur les terres agricoles ondulées, les eaux de ruissellement semblent être le principal moyen de transport des herbicides vers les affluents. Selon des études réalisées sur des parcelles, la perte d'atrazine et de métolachlore à la suite de phénomènes naturels et simulés de ruissellement pluvial était maximale après une tempête, avant laquelle on avait pulvérisé des produits chimiques. De très fortes tempêtes ont entraîné des pertes atteignant jusqu'à 10 % du produit pulvérisé. La teneur de ces produits chimiques dans les eaux de ruissellement dépassait les normes de qualité de l'eau jusqu'à un mois après l'épandage des herbicides. Il faut réaliser d'autres études pour savoir si on peut extrapoler ces résultats à l'échelle des champs.

Sur les terres agricoles plates qui se caractérisent par des sols fissurés à haute teneur en argile, ce sont par les larges fissures et interstices que les herbicides arrivent aux tuyaux de drainage. Les échantillons d'eaux souterraines prélevés à environ 5 mètres de profondeur dans des pratiques culturales du maïs, de type classique ou de conservation, n'ont pas indiqué d'accumulation importante de pesticides. Le drainage souterrain durant les mois d'hiver était la principale voie de transport de l'azote.

La presque totalité des pertes de pesticides causées par le ruissellement peu de temps après l'épandage s'est produite principalement au cours de la phase liquide, par opposition à la phase de pénétration dans les sédiments de sols érodés. Dans les pratiques culturales étudiées, de type classique ou de conservation, c'est durant la phase liquide que s'est produit le transport de 90 à 95 % de l'atrazine et de 80 à 85 % du métolachlore.

Bien que les méthodes d'épandage des herbicides et du fumier diffèrent, les voies de contamination des eaux de surface sont très semblables. On a constaté que le transport vertical des bactéries et des herbicides dans le sol est un processus important qui pourrait contribuer à la contamination des eaux souterraines et des eaux des tuyaux de drainage. Les risques de transport des herbicides et des bactéries par les macropores sont les plus élevés tout de suite après l'épandage, particulièrement si de fortes pluies se produisent ou si le volume de purin était suffisant pour causer l'écoulement par les macropores. Au fur et à mesure que les particules du sol adsorbent les bactéries et les herbicides, ou que les herbicides se dégradent par des processus naturels, on réduit grandement le risque de transport par les macropores.

Comme les connaissances étaient très limitées sur les échanges de pesticides entre le sol et l'atmosphère, il a fallu concevoir des systèmes pour mesurer ces échanges. Les émissions atmosphériques contenant des pesticides étaient à leur point le plus élevé peu de temps après l'épandage ou des pluies. Les mesures atmosphériques des dépôts d'atrazine et de métolachlore sur les terres, extrapolées pour une saison de croissance de cinq mois, représentaient environ 0,75 % de l'épandage initial d'herbicides.

En résumé, on a constaté que le ruissellement et le transport vertical en direction des tuyaux de drainage à travers les fissures et les interstices du sol étaient des voies importantes de pénétration des contaminants. Quant aux dépôts atmosphériques, leur importance était moindre. L'observation du transport des contaminants dans les eaux de ruissellement plutôt que dans le sol peut être utile dans la mise en oeuvre des programmes d'assainissement.

Processus

On a découvert que la formation de résidus fixés constituait une zone d'accumulation importante d'herbicides racinaires. Les résidus de pesticides fixés au sol sont moins sujets à la biodégradation ou à la bioaccumulation et ne sont pas transportés par les eaux de ruissellement. Par contre, les particules de sol en suspension dans les eaux de ruissellement peuvent transporter des résidus de pesticides fixés qui peuvent être libérés dans une solution ultérieurement.

Le degré de contamination de l'eau par les produits agrochimiques est fonction du taux de transport de ces derniers et de leur taux de dégradation dans le sol. On a amélioré les techniques qui déterminent la cinétique de la dégradation de l'atrazine et du métolachlore, ainsi que la formation des résidus fixés au sol dans divers types de sol à différents taux d'humidité et températures. Grâce à ces techniques, on a pu établir des constantes de dégradation plus précises pour le modèle LEACHM sur le transport des pesticides, améliorant ainsi nos prévisions sur la localisation des pesticides dans le sol et les conditions de leur migration.

Une grande partie des pesticides agricoles qui sont transportés vers les Grands Lacs transitent par les terres humides ou les marais. Des micro-organismes prélevés dans les sédiments des terres humides ont montré qu'ils dégradent l'atrazine rapidement et complètement. On a établi la cinétique et les conditions propices à la biodégradation, ce qui servira à l'élaboration de stratégies d'assainissement de gestion optimale des terres humides.

En résumé, les résultats des études nous ont permis de mieux comprendre le devenir des pesticides dans le sol. Par le biais du programme, nous possédons plus de connaissances sur la formation des résidus des pesticides fixés dans les sols, le taux de dégradation des pesticides dans les sols et la découverte d'un micro-organisme des terres humides qui dégrade rapidement les pesticides.


ÉTENDUE DE LA POLLUTION PROVENANT DE SOURCES DIFFUSES

En tenant compte des conditions de l'Ontario, on a testé et étalonné des modèles à l'échelle des champs qui prévoient le devenir et le transport des produits agrochimiques et des bactéries dans le sol et l'eau. Les résultats des études indiquent que ces modèles peuvent être très utiles pour localiser les terres fragiles sur le plan environnemental lors de la planification agricole. Ils permettent aussi d'évaluer les solutions de rechange. Le modèle CREAMS (produits chimiques, ruissellement et érosion dans les pratiques culturales) est un modèle qui a été étalonné à partir des données obtenues dans le cadre de ce programme de recherche. DRAINMOD (modèle de drainage) est un autre modèle qui sert à examiner les effets des tuyaux de drainage sur l'écoulement de l'eau dans le sol. On a combiné les modèles DRAINMOD et CREAMS pour examiner les répercussions des pratiques culturales sur la qualité des eaux de surface et souterraines.

À l'échelle du bassin hydrographique, on s'est servi d'un modèle de simulation (LEACHP) et de techniques géostatistiques dans le contexte d'un système d'information géographique (SIG). On caractérise ainsi la pollution des eaux souterraines causée par des produits chimiques qui s'infiltrent et proviennent de sources diffuses. On a effectué une simulation de dix ans pour le bassin hydrographique de la rivière Grand en supposant ce qui suit : le sol ne contenait pas d'atrazine au départ; le maïs était cultivé de façon continue dans tout le bassin; l'épandage annuel d'atrazine était fixé au taux recommandé de 150 mg m-2. La norme de l'eau potable au Canada pour l'atrazine n'a jamais été dépassée à la profondeur de 90 cm. Par contre, la norme américaine a été dépassée au cours de la dixième année de simulation ou avant dans environ 5 % du territoire du bassin hydrographique.

On a effectué une analyse à l'échelle provinciale des pratiques agricoles actuellement utilisées dans le bassin du côté canadien. Cette étude indique les liens qui existent entre le type et le lieu des pratiques agricoles, et le risque de contamination du sol et de l'eau par les pesticides, les nitrates et les bactéries. Les résultats indiquent des aires rurales très polluées par des sources diffuses.

Les études de biosurveillance de cours d'eau dans des régions agricoles ont révélé que l'activité et le mélange relatif des espèces d'invertébrés (principalement des insectes) reflètent l'utilisation des terres environnantes. Par exemple, les communautés d'invertébrés des cours d'eau où les terres sont en grande partie boisées sont très différentes des communautés de terres agricoles. Ces différences fauniques semblent le plus marquées dans les régions agricoles où l'on utilise aussi plus d'insecticides organophosphorés. Les résultats des études laissent croire que toutes les activités agricoles réduisent en général la biodiversité et modifient la structure des communautés, par rapport aux terres boisées. Les études n'ont cependant pas établi de quelles façons ces modifications sont liées à la qualité de l'eau.

En résumé, on a conçu des méthodes afin d'établir l'étendue de la pollution rurale causée par des sources diffuses à l'échelle de la ferme, du bassin hydrographique et de la région. La base de données créée permettra d'évaluer, de façon intégrée et à l'échelle du bassin, les options concernant les politiques ainsi que les questions de gestion relativement à la lutte contre la pollution causée par des sources ponctuelles et diffuses.


SOLUTIONS DE RECHANGE

On a examiné plusieurs solutions de rechange qui contribueront à une production agricole durable. Comme les nombreux pesticides agricoles varient considérablement en toxicité et en rémanence, le choix des pesticides qui seront utilisés sur une terre fragile devient critique. C'est pourquoi on a évalué deux instruments simples et pratiques pour venir en aide à la personne qui doit choisir des pesticides inoffensifs pour le terrain humide, les habitats fauniques ou l'eau. Ces instruments sont conçus pour tenir compte de l'équilibre nécessaire entre la qualité de l'environnement et la production agricole.

On a démontré que la gestion des nappes phréatiques situées dans des sols plats de limon argileux peut offrir de grands avantages, soit la meilleure qualité de l'eau et des rendements supérieurs pour les cultures qui dépendent moins des conditions météorologiques. Le système de gestion qui a été étudié combine le drainage et l'irrigation souterraine contrôlés, le travail de conservation du sol et les cultures intercalaires au titre de pratiques culturales durables. Les avantages du système sont les suivants : amélioration de la qualité de l'eau (réduction jusqu'à 47 % de la perte d'atrazine et jusqu'à 66 % de la perte de nitrates); augmentation de la production agricole durant les saisons sèches de croissance par l'optimisation de l'humidité disponible; réduction des coûts (quantité d'herbicides réduite de moitié grâce à l'épandage par bandes et augmentation de l'efficacité des engrais azotés).

L'épandage d'herbicides en bandes a atténué l'impact sur la qualité des eaux de surface. On a constaté que lorsqu'on utilise cette méthode d'épandage, la concentration des herbicides dans les eaux de ruissellement ne dépasse pas les normes provinciales de qualité de l'eau. Ces méthodes amélioreront donc la qualité de l'eau peu importe les conditions météorologiques puisque, au départ, on utilise moins de produits chimiques. Les pratiques de conservation qui réduisent les pertes d'herbicides présents dans les eaux de ruissellement sont celles qui retiennent le sol et l'eau dans le champ, puisque c'est sous forme liquide que la plus grande partie des herbicides sont transportés peu de temps après l'épandage.

Les cultures produites par un travail réduit du sol ne requièrent pas une plus grande quantité d'herbicides que celles qui sont produites au moyen de pratiques classiques. Plusieurs constatations importantes sont ressorties des études réalisées sur les pertes d'eau et de contaminants selon la pratique culturale utilisée. En premier lieu, les pertes d'herbicides sont sensiblement les mêmes. De plus, bien que l'écoulement par les macropores soit plus important dans le cas des pratiques de travail réduit du sol, la perte totale d'eau (de surface et souterraine) est plus grande dans le cas des pratiques classiques. Quant aux pertes d'éléments nutritifs prises dans leur ensemble, elles sont moindres dans le cas des pratiques de travail réduit du sol, mais les pertes sous forme soluble sont plus grandes dans le cas des pratiques classiques.

On a constaté que les systèmes d'injection de purin qui altèrent la continuité des macropores du sol tout autour du point d'injection réduisent le mouvement direct des contaminants vers les tuyaux de drainage. On attribue les charges bactériennes élevées au mouvement rapide des contaminants à travers les fissures et les interstices du sol en direction des tuyaux de drainage. Les charges totales d'azote sont cependant faibles.

En résumé, on a évalué plusieurs solutions de rechange qui favorisent des pratiques culturales écologiques. On s'est aussi penché sur des instruments facilitant le choix des pesticides sur les techniques d'épandage. Un système de gestion intégrée et des nappes phréatiques offre de grands avantages, de même que les pratiques culturales de conservation du sol. De plus, une nouvelle technique d'épandage du purin qui réduit le mouvement direct des contaminants vers les tuyaux de drainage semble très prometteuse.


TRANSFERT TECHNOLOGIQUE

Les possibilités de transfert technologique sont énumérées ci-dessous. Pour plus de détails, il faut consulter la section Résultats du rapport:

  • À l'intention des personnes qui utilisent des pesticides, des instruments qui les aident à choisir les produits présentant le moins de risques de contamination et qui sont efficaces dans la lutte antiparasitaire.

  • Le système de gestion des nappes phréatiques dans le cas des sols plats de limon argileux. On modifie les tuyaux de drainage afin de contrôler le drainage et l'irrigation souterraine, ce qui permet une meilleure gestion de l'eau et de l'azote. Les pertes de nitrates et d'herbicides sont moindres quand on intègre la culture intercalaire dans le système de drainage et d'irrigation souterraine.

  • L'épandage des pesticides en bandes et le mélange des pesticides sont des techniques qui en réduisent l'utilisation et, par conséquent, les pertes dans l'air et l'eau.

  • L'injection de purin dans les sols au moyen d'une nouvelle technique qui modifie les macropores du sol permet de réduire la contamination des tuyaux de drainage par les éléments nutritifs et les bactéries.

  • On a conçu de nouveaux systèmes de surveillance des échanges de produits agrochimiques au-dessus des terres, systèmes pouvant servir dans les champs et à l'échelle régionale.

  • Des modèles à l'échelle du champ servent en planification agricole pour localiser les aires à risques et évaluer les solutions de rechange.


AGRICULTURE RESPECTUEUSE DE L'ENVIRONNEMENT

Le concept du développement durable désigne généralement une activité où l'on tient compte de la dimension écologique dans la prise de décisions économiques. Le développement économique est donc rendu possible sans la dégradation de l'environnement. Les Canadiens acceptent le bien-fondé du développement durable et le gouvernement fédéral a d'ailleurs élaboré le Plan vert dans le but de parvenir au développement durable dans les années à venir. Le Plan vert du Canada offre un cadre pour régir le changement.

En 1990, les ministres de l'Agriculture des paliers fédéral et provincial ont adopté un cadre d'action pour la pérennité de l'environnement. Le gouvernement fédéral s'est servi de ce cadre pour établir sa politique visant un environnement durable en agriculture. Les objectifs de cette politique sont les suivants :

  • Conserver et mettre en valeur les ressources naturelles que le secteur de l'agriculture exploite et partage.

  • Rendre l'agriculture compatible avec les autres ressources de l'environnement qu'elle exploite.

  • Adopter une démarche proactive afin de protéger le secteur agro-alimentaire des effets que d'autres secteurs d'activité ont sur l'environnement.

Le Plan d'action des Grands Lacs joue un rôle déterminant dans la mise en valeur de la vision fédérale, qui privilégie une plus grande durabilité de l'environnement en agriculture. On a conçu des technologies et des systèmes de gestion qui favorisent la compétitivité des pratiques culturales sur le marché mondial. Dans le cadre des Plans d'assainissement (PA) du Fonds d'assainissement, ces mêmes technologies serviront à résoudre les problèmes de qualité de l'eau attribuables à l'agriculture. On s'est doté du matériel nécessaire, on a équipé des emplacements de surveillance avec les instruments requis et on a acquis l'expertise technique pour s'attaquer aux problèmes environnementaux du secteur agricole. Les études sur la biodégradation et la bioaccumulation à l'aide d'organismes indicateurs permettront d'entreprendre d'autres études basées sur les écosystèmes, essentielles pour résoudre les problèmes du bassin des Grands Lacs. L'équipe multidisciplinaire mise sur pied pour résoudre le problème très complexe de la pollution agricole causée par des sources diffuses a grandement contribué aux résultats.

Même si beaucoup de travail a été accompli, la bataille n'est pas gagnée pour autant. On a fait des découvertes importantes concernant les voies et les processus du transport des produits chimiques toxiques dans les sols agricoles. D'autres études s'imposent pour savoir si les résultats peuvent servir à prévoir le transport des produits toxiques à l'échelle des champs, des bassins hydrographiques et du pays. D'autres études permettront éventuellement de concevoir et de mettre en oeuvre des stratégies de gestion agricole basées sur les écosystèmes dans tout le bassin des Grands Lacs. Une démarche agro-écosystémique pour gérer le secteur agricole est indispensable si l'on veut conserver ou mettre en valeur les ressources naturelles que l'agriculture exploite ou partage. Cette démarche permettra aussi de prendre en compte les préoccupations environnementales non agricoles qui sont intimement liées aux pratiques de gestion, aux approvisionnements agricoles et à la technologie utilisée à la ferme.

 

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Last Revised: Thursday, April 16, 2009 07:56:42 AM